L’édito du psy : entre confinement et résilience

Horaires25 mai 2020 | 13:16

Après ces deux mois de confinement, avec ses bouleversements, ses tensions, ses pertes de repères, ses manques de routine, les enfants sont revenus. Ils redécouvrent un espace, des bruits, des odeurs, des goûts, des visages… Est-ce comme avant ? Non, certainement pas.


Que ce soit chez l’assistante maternelle, à la crèche collective, à l’école, les choses ont changé.
Elles sont particulières, peut-être même bizarres : certaines personnes se présentent à eux masquées, les rythmes ne sont plus les mêmes, les relations s’établissent différemment avec une distanciation physique qui vient s’imposer à tous. Les places que l’on occupe, les jeux que l’on partage ou pas, plein de choses ont changé et pourtant les enfants s’y retrouvent.

Comment, après avoir perdu, peut-on retrouver, reconnaître, reconstruire ?


On me dit, de ci de là, que les enfants sont calmes, apaisés, à tel point que cela bouscule nos représentations, nos savoirs, nos connaissances, tout est chamboulé, y compris nos convictions. Qu’en est-il ? Oui, la situation a changé et avec elle la temporalité de chacun et les modalités d’entrée en relation, mais aussi le portage psychologique. Ce portage psychologique, c’est la façon que chacun a de s’occuper de l’enfant, avec bienveillance, intérêt, attention, cette façon de le contenir et de lui assurer une sécurité affective et c’est là qu’est la clef pour permettre une résilience, cette capacité à résister et rebondir dans l’adversité. Chacun a été impacté par cette période particulière et les priorités ont changé et ont amené d’autres perspectives, d’autres postures.
Mais finalement, l’urgence de cette situation a permis une certaine sérénité parce qu’il n’y avait plus de choix donc pas d’hésitation à avoir ni de responsabilité ou de culpabilité à porter, nous étions ancrés dans l’action immédiate.

La capacité de résilience ne naît pas de rien, elle se construit…


En fonction du contexte, de l’environnement et de la posture de l’entourage. La capacité de résilience de l’enfant s’appuie fondamentalement sur la posture parentale ainsi que sur celle des adultes qui le prennent en charge. Les études en psychologie de l’enfant, et notamment ceux sur les enfants vivant la guerre, ont montré que ce qui impacte l’enfant n’est pas tant la guerre en elle-même, avec ses dangers tellement immédiats et violents, mais une rupture de la posture parentale par rapport à leur enfant, c’est l’impossibilité des parents à continuer à porter psychiquement leur enfant, le contenir, le rassurer qui vient perturber l’enfant. La question est bien celle de l’appui que les parents offrent à leur enfant, de la continuité de cet appui auprès de l’enfant. C’est la notion d’étayage.

Mais cet appui dépend aussi - en général mais de facto surtout dans la situation présente de confinement et d’après-confinement - de l’étayage que les professionnels ont pu proposer aux parents. Cet étayage en deux temps a pu induire la stabilité nécessaire et suffisante à la résilience des enfants. De plus, ces études ont aussi montré qu’un enfant peut comprendre la violence du monde, à condition qu’elle s’exprime de la même façon pour tout le monde et pas seulement sur lui, qu’il n’en est pas la cible particulière, qu’il n’est donc en rien coupable ou responsable de ce qu’il lui arrive. C’est bien ce qu’il se passe aujourd’hui, la situation s’impose à tout le monde et pas seulement à certains.

Se pose aussi la question d’intervenir masqué auprès des enfants


Il faut savoir que le nourrisson reconnaît les visages par le regard, c’est le haut du visage et notamment les yeux qui portent l’identité du sujet et donc le masque ne gêne pas tant l’enfant dans son besoin de connaître ou de reconnaître. Il reste cependant à mon sens important de toujours lui parler, et de le faire toujours en premier lieu pour lui donner l’espace et le temps nécessaire et suffisant aux retrouvailles ou aux reprises de contact, et cela indépendamment de la crise que nous traversons.

Alors, dans cette situation tout à fait particulière et surtout dans cette situation si particulière, parler, accompagner, étayer, offrir une continuité de la fonction parentale, permettra sans aucun doute d’amortir toutes les ruptures que cette situation étrange peut encore amener, comme cette question du doudou qui ne peut plus suivre son enfant dans ses changements de lieux de vie.